Méthode

Faire un aquarium naturel et low-tech?

2015 - Mon amazonien de 200l
Il s'agit de faire un aquarium le plus simple possible: une petite pompe pour le brassage de l'eau, un éclairage moyen ou modéré, un chauffage réglé à 21/23° l'hiver, un substrat à base d'un simple sable avec, éventuellement, un peu d'argile, ou un substrat pour bassin, une eau de robinet, ou de pluie, ou les deux, des plantes simples 100% aquatiques, et des plantes flottantes.

Pas de filtration biologique surpuissante, pas d'éclairage puissant non plus, pas d'injection de CO2, pas de sols enrichis, pas d'engrais chimiques, pas de changements d'eau fréquents, ni de siphonnage du sol.

D'une manière générale, c'est un aquarium dans lequel on laisse, le plus possible, la nature faire son œuvre. Les plantes et les bactéries en grand nombre vont maintenir l'écosytème sain et équilibré. Les interventions humaines sont ramenées au strict minimum, comme la taille des plantes, la compensation de l'évaporation, et deux ou trois changements d'eau par an, et, bien sûr, le nourrissage du vivant.

I - Matériels
1) Question cuve: Un aquarium de taille honorable et proportionnel aux nombres et aux besoins des poissons doit être la priorité, sachant que plus un aquarium est grand, plus les poissons seront heureux, et plus facile sera l'établissement de l'équilibre biologique. Mais il est tout aussi possible de créer une véritable mare vivante dans un aquarium de petite taille, mais avec des poissons de petites taille. Je ne parle pas des boules en verre ou des mini-cubes de moins de 20l complètement inappropriés. (20l pour un Betta Splendens)
Une turbine pour nano-cube
 2) De la filtration: Les aquariums low-tech ou naturels n'ont aucun système de filtration, ni mécanique, ni biologique. En fait, on s’aperçoit dans la pratique qu'aucun filtre n'est nécessaire. Les plantes ont cette fabuleuse capacité de filtrer l'eau naturellement. Elles le font mieux que n'importe quel filtre prétendument "performant et sophistiqué". Les plantes absorbent les déchets azotées sous forme d'ammonium directement par leur système foliaire. Ainsi, dans un bac naturel, le taux de nitrate est indétectable. En revanche, un léger brassage est souvent nécessaire, il permet de répartir et d'apporter les nutriments et le gaz carbonique aux plantes, il apporte aussi l'oxygène aux bactéries, ce qui favorise la dégradation et le recyclage rapide des déchets. Une simple turbine de faible capacité ou un petit filtre intérieur débarrassé de ses masses filtrantes suffit. On peut, éventuellement, dans certaines occasions, utiliser un filtre mécanique de faible capacité avec juste du perlon, comme pendant le lancement d'un nouvel aquarium avec terreau par exemple.

3) De l'éclairage: On peut, dans la mesure du possible, placer l'aquarium près d'une fenêtre pour bénéficier, une heure ou deux par jour, de la lumière naturelle, en combinaison avec un éclairage artificiel le reste du temps. D.Walstad préconise l'emploi de lampes CFL qui sont adaptées à la pousse des plantes aquatiques. Mais, généralement, l'éclairage fourni avec l'aquarium va très bien. On peut utiliser les tubes T12, T8, T5, ampoules CFL. La durée hebdomadaire d'éclairage peut varier de 8 heures minimum jusqu'à 14 heures par jour, c'est suivant la végétation que l'on a et la population du bac. Il faut un éclairage modéré à raison de 1w pour 2 litres, voire 1w pour 3 litres.

4) Question chauffage: Les bacs low-tech sont généralement peu ou pas chauffés, d'abord parce que les aquariums profitent de la température ambiante, puis les poissons exotiques supportent très bien des variations de températures, entre le jour et la nuit, et entre les différentes saisons. De plus, beaucoup de poissons n'aiment pas les températures élevées durant de longues périodes, ceci a pour effet de raccourcir leur durée de vie. Un thermoplongeur est cependant nécessaire durant l'hiver pour certaines espèces issues des régions équatoriales, tout dépend du choix des poissons que l'on cherche à maintenir, mais la T° tourne autour de 20/23°.

II - Eau

Certaines eaux sont dures, très minéralisées, d'autres plus douces. L'eau du robinet est plus ou moins minéralisée, donc plus ou moins dure, suivant les régions de France, cette dureté est indiquée en GH allemand ou en TH français. Il vaut mieux se renseigner sur les besoins en eau des poissons que l'on veut maintenir avant de les adopter.

Il est plus facile de choisir ses poissons en fonction des paramètres de son eau que l'inverse.

Après, pour les aquariums petits et moyens, il est possible de couper l'eau dure du robinet avec une eau en bouteille comme la Volcania, la Mont Roucous, la Volvic, ceci dans le but d'adoucir son eau de conduite.  Il ne faut pas rechigner à récupérer l'eau de pluie surtout si on est plus ou moins éloigné des grandes agglomérations. Pour ceux qui auraient une appréhension à utiliser de l'eau de pluie, il faut savoir que l'eau du robinet et même celle en bouteille sont de plus en plus polluées par des pesticides, métaux lourds et nitrates, merci l'agriculture industrielle!! Mais on peut assainir l'eau de pluie en utilisant la Cératophyllum qui fixe les métaux lourds, les lentilles d'eau qui absorbent les nitrates, puis, il est toujours possible de la filtrer au moyen du charbon actif seul. Après ce traitement, votre eau de pluie sera plus saine que celle de votre robinet!

III - Sol

2014 -  Mon 55l avec sable seul
1) Substrat simple: Le sol peut être composé d'un sable ou d'un gravier d'une granulométrie entre 2 et 4mm, pour faire une couche de 5cm d'épaisseur minimum.  On peut ajouter quelques poignées d'argile verte (voir cette page) ou de quelques poignées d'un substrat pour bassin. C'est tout! Ce genre de sol va se charger au fil du temps des débris végétaux et d'excréments d'animaux, il va s'enrichir naturellement et donnera aux plantes ce dont elles ont besoin. Avec un sable aussi basique, on peut très bien avoir une végétation luxuriante, et surtout, efficace question filtration de l'eau.  L'avantage avec ce sol est qu'on peut jardiner, déplacer, replanter les plantes facilement.
Si on utilise de l'eau de pluie ou une eau en bouteille très peu minéralisée, on peut mélanger au sable des coquilles d'huîtres écrasées pour la calcium, mais seulement dans le cas d'une eau très douce. Si l'on utilise de l'eau du robinet ceci n'est pas nécessaire.

Bac de D. Walstad avec terreau
2) Substrat enrichi: Diana Walstad propose de faire son substrat soi-même, une couche de terreau qu'on recouvre avec une couche de gravier, beaucoup de plantes pour la purification et l'oxygénation de l'eau, un léger filtre mécanique de faible capacité pour le brassage et l'homogénéisation de la température.
C'est un aspect de la méthode Walstad qui est décrite en détail sur cette page.


J'ai personnellement utilisé la terre de bruyère pour mes aquariums très plantés, il y a longtemps. Et, aujourd'hui, un simple terreau de rempotage comme pour le bac sur la photo ci-dessous:

2017 - Mon 55l  avec terreau
Avec ce genre d'installation, un bon brassage est nécessaire pendant le cyclage, le rajout d'un bulleur pour apporter beaucoup d'oxygène est utile, des changements d'eau peuvent être utiles au début et pendant deux à trois mois.
Avec le terreau il est difficile de faire des changements importants au niveau des plantes, il y a le risque de chambouler le sol et de faire remonter le substrat. Mais c'est une vieille méthode qui a fait ses preuves et qui donne d'excellents résultats. Son côté naturel est évidemment un grand plus, mais a aussi ses inconvénients dont il faut tenir compte. Ce genre de substrat convient particulièrement pour les grands bacs, qui peuvent accueillir des plantes de très grandes tailles comme les Echinodorus.

IV - Flore
Combinaison de plantes 100%
aquatiques et flottantes
1) Des plantes: Les plantes sont indispensables pour leur capacité naturelle d'épuration et leur fort pouvoir d'oxygénation. Parmi les plus efficaces, Cératophyllum, Elodée, Najas, Vallisnéria, etc. Ces plantes 100%aquatiques viennent en première place. Les plantes flottantes peuvent à elles seules éviter l'emploi d'une filtration, comme les Pistia, la Salvinia, les lentilles d'eau. Mais rien n'empêche de compléter ce choix de plantes par d'autres plantes palustres ou amphibies pour leur côté esthétique. Pour démarrer un nouvel aquarium sans aucun risque pour les poissons, il suffit de le bourrer de plantes simples comme la Cératophyllum et/ou Elodée, des lentilles d'eau. Les lentilles d'eau, comme la Spirodela polyrhiza, absorbent même les nitrites, la Cératophyllum fixe les métaux lourds! Il faut introduire plusieurs bouquets de ces plantes, pas seulement trois ou quatre brins, c'est ainsi qu'on met toutes les chances de son côté.

2) Engrais: Dans un aquarium naturel, on évite l'utilisation d'engrais chimiques, mal utilisés il peuvent apporter plus de dégâts que de bienfaits. Les besoins des plantes sont couverts par l'eau et les minéraux et oligoéléments qu'elle contient, le substrat, la nourriture des poissons et leurs déjections. On peut éventuellement apporter de l'argile, soit lors de l'installation dans le sable, soit après sous forme de billes d'argiles toutes prêtes à enfouir aux pieds des plantes, et des coquilles d'huîtres pour le calcium, c'est tout.

3) Algues: Les algues sont la bête noire de tous les aquariophiles. En low-tech on privilégie la prévention, car les produits chimiques dits "anti-algues" font beaucoup de dégâts à l'écosystème aquatique. Un éclairage modéré, beaucoup de plantes à pousse rapide, des feuilles mortes qui relarguent des acides humiques, une eau de bonne qualité, sont des atouts qui empêchent le développement des algues.

V - Cyclage

Après avoir mis le sable, le décor, les plantes, et qu'on a rempli l'aquarium avec une eau correspondant aux besoins des poissons, on peut mettre des escargots ou un autre détritivore.  Il ne reste plus qu'à laisser le bac tourner ainsi pendant deux à trois semaines, sans poissons, avec un éclairage hebdomadaire. L'aquarium va être colonisé par les bactéries, qui vont rendre le milieu habitable pour les poissons. Après ce laps de temps, les plantes devraient pousser et être saines, c'est grâce à cette végétation que les poissons seront en sécurité dans un écosystème équilibré. Rien n'empêche de faire un test de son eau pour s'assurer que les poissons ne risquent rien, on peut aussi demander de faire ce test à son fournisseur aquario.

VI - Population
Poissons adaptés à la
taille de l'aquarium
1) Les poissons: Les poissons qui habitent ce type d'aquarium sont issus d'un même biotope, on évite ainsi les mélanges malheureux entre des espèces quelquefois incompatibles entre elles. La surpopulation est évitée et la règle adoptée par la plupart des aquariophiles traditionnels, à savoir 1cm de poisson pour deux litres d'eau, n'est pas ici respectée, fort heureusement. Cette règle conduit souvent à une surpopulation. Plus un aquarium est grand, mieux c'est! Pour les petits aquariums, il existe tout un choix de poissons de petites tailles, attrayants, prolifiques, intéressants à observer, qui n'ont besoin ni d'un chauffage, ni d'un filtre, ni d'une eau spécifique et qui peuvnt se contenter d'un aquarium de 50 à 60l. L'idéal étant, avant de prendre des poissons, de bien se renseigner sur leurs besoins en qualité de l'eau, en espace, température, nourriture, etc. Faciles ne veut pas dire qu'on peut faire n'importe quoi!

Asellus aquaticus
2) Les détritivores: Les aquariums naturels abritent également toutes sortes de "bestioles" qui viennent ajouter de la vie au bac. Ces êtres minuscules, outre le spectacle qu'ils nous procurent, contribuent également à l'équilibre biologique d'un aquarium en dégradant les déchets organiques. Ils sont indispensables dans la nature, ils le sont aussi dans un bac naturel. On peut donc ajouter, des daphnies, des ostracodes, des aselles, des gammares, des cyclops, des crevettes d'eau douce, des escargots. Ces petits êtres dignes d’intérêt et d'attachement se complètent mutuellement dans leur rôle de dégradation des déchets et dans l'assainissement du bac.
De là l’intérêt à introduire dans le bac, comme dans la nature, des feuilles mortes qui vont leur servir à la fois de refuge et de nourriture. On voit là aussi le côté nuisible des filtres, dans un bac filtré, cette faune serait impossible à maintenir, ces petits habitants seraient irrémédiablement aspirés par la pompe.

Distribution de Tubifex
4) Nourriture: Les poissons doivent être bien nourris, plusieurs fois par jour en petite quantité. Aucune crainte à avoir, le trop de nourriture, une fois dégradé, sera recyclé et réutilisé par les plantes elles-mêmes. Il est bon, de temps en temps, de donner de la nourriture vivante. Il n'est pas difficile de produire soi-même des artémias, des daphnies, des ostracodes ou autre. Ou on peut acheter une petite barquette de nourriture vivante pour 2€50 dans n'importe quel magasin aquario ou jardinerie. Il ne faut pas non plus rechigner à récupérer les larves de moustiques durant plusieurs mois de l'année. Les poissons en raffolent, on maintient ainsi en éveil leur instinct de prédateur, ce qui est bénéfique pour leur "moral"! Le mieux est une nourriture variée, comme une combinaison de paillettes, de nourriture congelée, et une à deux fois par mois de la vivante.
Il est bon de faire jeûner les poissons une fois par semaine, cela pour qu'ils puissent éliminer de leur organisme une accumulation de nourriture trop importante.

On peut aussi, de temps en temps, nourrir les détritivores avec un petit morceau de légume poché, comme une rondelle de courgette, concombre, chou-fleur.

5) Des maladies: Là aussi, on évite les antibiotiques qui bouleversent l'équilibre biologique en tuant les bactéries, même celles bénéfiques. En aquariophilie naturelle on préfère prévenir que guérir. C'est pourquoi on utilise des feuilles mortes qui, grâce à leurs acides humiques, protègent les poissons des maladies et stimulent leurs défenses immunitaires. Faut se souvenir que les plantes aussi protègent les poissons de l'intoxication par l’ammoniac et par les métaux lourds.

VII -
De l'entretien
Un aquarium naturel ne nécessite que très peu d'entretien. Un changement d'eau partiel, deux à trois fois par an, et une compensation régulière de l'eau évaporée chaque semaine. Suivant les paramètres de son eau, et suivant les besoins des poissons, on peut rajouter de l'eau de pluie, celle en bouteille, ou simplement de l'eau de conduite qu'on laissera reposer un jour ou deux afin d'en éliminer le chlore et autres substances. Il ne faut pas siphonner le sol fréquemment, ce faisant on enlève un engrais naturel pour les plantes. Les quelques déchets végétaux vont être dégradés par les bactéries et les détritivores, ainsi seront libérés des oligo-éléments, des minéraux, et du CO2, de nouveau disponibles aux plantes. Un sol trop propre ne sert à rien, bien au contraire.

Il faudra de temps en temps nettoyer les vitres et sûrement tailler les plantes, et lors d'un jardinage important, deux à trois fois par an, on pourra faire un petit changement d'eau.

Conclusion
C'est une méthode simple, à la portée de tous, qui fonctionne et donne d'excellents résultats, beaucoup l'ont essayée et adoptée. Essayez-là, vous ne serez pas déçus!