jeudi 2 mars 2017

Aquarium naturel avec terreau.

On sait qu'il est possible de faire un aquarium équilibré et d'avoir une végétation luxuriante avec un simple sable.
Substrat avec terreau
Mais on peut aussi améliorer la qualité nutritive de son substrat facilement et à moindre coût. Il s'agit d'ajouter une couche de terreau sous le sable. Le terreau, matière organique vivante, va permettre d'abriter beaucoup plus de bactéries bénéfiques pour l'écosystème aquatique, qu'un simple sable inerte.

C'est un vieux truc, qui date des années 60/70, et qui a fait ses preuves. Cela se faisait beaucoup à cette époque, c'est dire que la méthode est connue depuis longtemps, et qu'elle a donné de très bons résultats. Ces bacs étaient prévus pour durer plusieurs années sans problème.



Les avantages du terreau.
  • Le terreau est vivant, contrairement au sable, et va continuer à vivre une fois immergé,
  • Il contient divers organismes dès le départ et va abriter énormément de bactéries bénéfiques pour tout l'écosystème,
  • Il va enrichir la flore bactérienne en permettant à d'autres bactéries de se développer, un substrat à base de terreau contient infiniment plus de bactéries qu'un simple sable,
  • Il va favoriser l'enracinement des plantes,
  • Il va apporter des minéraux et des oligoéléments,
  • Il va apporter des acides humiques, qui protègent les poissons de l'ammoniac, des nitrites, et des métaux lourds,
  • Il va produire du CO2 naturellement, 
  • Il va contribuer à faire baisser le pH,
  • Il ne colore pas l'eau, celle-ci reste limpide.

    Quel terreau choisir?
    En général, il faut éviter les terreaux 'premier-prix', qui contiennent des résineux, des morceaux plus ou moins gros de pin ou de cèdre, qui se dégradent très mal ou trop lentemenent dans l'eau. Il faut éviter aussi le compost avec du fumier rajouté, enfin ceux qui contiennent beaucoup d'engrais chimiques.

    Personnellement, et à défaut d'avoir trouvé le terreau que j'aurais voulu, j'ai opté pour un terreau simple dit "universel' et bio. (photo ci-contre)

    Mais le mieux est évidemment la Terre de Bruyère véritable. Il ne faut pas confondre avec la terre "dite" de bruyère, qui n'a rien à voir et est de moindre qualité. La vraie Terre de Bruyère est produite par la société Fourche et Compagnie  et est commerciaisée par Jardiland, entre autres.

    Comment procéder ?
    Mélange pour un substrat riche
    Il y a différentes façons de faire, à chacun sa méthode, avec ses explications plus ou moins scientifiques sur le pourquoi du comment. En fait, il y a des  méthodes différentes qui fonctionnent toutes aussi bien, il y a aussi celle de D.Walstad, mais personnellement je fais autrement.

    Comme je le disais plus haut, à défaut de Terre de Bruyère véritable, j'ai pris un terreau de rempotage bio.

    1) Je l'ai passé au tamis, en effet, s'il y a beaucoup de gros morceaux il vaut mieux le tamiser, mais ça dépend de la qualité. Je sais que certains aquariophiles ne tamisent rien du tout et utilisent même les morceaux de bois. Dans la barquette bleue se trouvent les déchets après la tamisation. La grosse coupelle noire contient le terreau tamisé et propre que je vais utiliser pour le substrat.
    2) J'ai prévu quelques poignées d'argile verte, l'argile va se charger en minéraux et oligoéléments disponibles aux plantes par les racines.
    3) J'ai aussi rajouté un peu de pouzzolane, ceci dans le but de faire une sous-couche poreuse et souple.
    4) J'ai enfin mélangé le tout avec un peu d'eau pour en faire une pâte bien humide, sans bulles d'air.

    Terreau sous forme de pâte
    Pour un aquarium de 55l, j'ai prévu une fine couche de substrat de 1 à 2.5 cm, ce n'est pas au millimètre près non plus.

    Pour les proportions, je fais ça plutôt à la louche, pour moi l'aquariophilie n'est pas une science exacte! Mais pour donner une idée plus précise, on peut faire un mélange comme celui-ci: 40% sable + 40% Terre de Bruyère + 20% d'argile verte.

    Il faut y aller doucement avec l'argile car l'argile a tendance à comptacter et peut devenir imperméable, ça peut asphyxier un sol et empêcher les échanges gazeux. Mieux vaut moins que trop!


    Le terreau dans l'aquarium
    5) J'ai réparti le substrat ou cette pâte sur le fond du bac. J'ai utilisé une cuillère en bois pour bien tasser le tout et pour chasser les éventuelles bulles d'air. En effet, il faut éviter que ne se forme des poches d'air concées dans le substrat, ça pourrait favoriser la fermentation.

    6) Enfin, j'ai mis le sable de Loire par dessus, une couche de 3/4 cm à l'avant et 5/6 cm à l'arrière.

    Mise en eau du bac
    7) Il reste à remplir le bac, il faut faire ça délicatement pour ne pas tout remuer. On peut utiliser une coupelle déposée sur le sable et dans laquelle on verse doucement l'eau. On peut aussi se servir d'un tuyau à air pour faire couler l'eau encore plus déliactement. Si on a des plantes gazonnantes, c'est à ce moment là qu'on peut les planter, une fois le bac complétement rempli c'est plus embêtant à faire.


    Terreau installé et bac rempli
    8) La dernière chose à faire est de fournir un bon brassage. Ceci est important. Les bactéries qui vont se développer dans le terreau vont consommer beaucoup d'oxygène, il faut donc une bonne aération durant les deux ou trois premières semaines. Sur ma turbine, j'ai la possibilité d'ajouter une prise d'air -système venturi- qui peut apporter beaucoup d'oxygène suivant le réglage.

    Dans les premiers jours, l'eau a pris différentes teintes, d'abord blanchâtre et trouble, puis marron et sale, avec des moisissures gélatineuses sur le sable. Ceci n'a rien d'anormal, des bactéries se développent, des substances nutritives sont libérées dans l'eau, tout ceci contribue à donner une coloration spéciale. C'est là que j'ai rajouté le système venturi, dans le but d'apporter plus d'oxygène aux bactéries aérobies. Au bout de quelques jours, l'eau était de nouveau limpide. Au bout de deux semaines j'ai supprimé l'oxygénation, au bout d'un mois j'ai bridé la turbine à un débit minimum. En deux mois j'ai fait deux changements d'eau pour éliminer le trop de nutriments, surtout que mes plantes ne risquaient pas de les consommer vu leur tête!

    10) Introduction du vivant. Dès le début j'ai mis des escargots, des planorbes et des physes venues toutes seules, comme des grandes, et enfin les melanoides. Pour les poissons, je pense qu'il faut un cyclage plus long que pour un aquarium avec seulement du sable comme substrat.
    En ce qui me concerne, le bac a tourné pendant deux mois sans poissons, d'ailleurs je n'étais pas fixé sur la population.


    Le bac après trois mois
    La végétation a changé plusieurs fois, ce qui a contribué aussi à retarder l'introduction des poissons. J'ai essayé des plantes de bassin qui, après-coup, ne m'ont pas plu. Sans compter qu'il n'est pas facile de se procurer celles que l'on souahite, sont soit indisponibles soit introuvables. Finalement, je suis revenu à une végétation plus convetionnelle.

    Bref, ça m'a pris deux bons mois pour planter, et c'est moi qui répète sans cesse qu'il faut faire une liste de plantes au préalable...😎 Question poissons, j'ai récupéré des Endlers, une dizaine, qui sont bien sympathiques, ça me rappelle mes débuts en aquario. Mais je ne suis pas sûr de les garder bien longtemps, j'envisage de les remplacer par des poissons beaucoup moins prolifiques. Il y a ussi des crevettes Red cherry fire red. Personnellement, je pense qu'il faut laisser le bac tourner un bon moment, la durée peut varier d'un aquarium à un autre, dans tous les cas il faut laisser l'écosystème s'établir en douceur.
    Pas la peine de se presser et de balancer les poissons trop rapidement, un laps de temps de trois à quatre semaines me semble nécessaire. Durant les deux/trois premiers mois il faut surveiller les poissons et les paramètres, éventuellement, il faudra faire des changements d'eau.

    Bac naturel de 55l avec terreau
    Aujourd'hui, et au bout de cinq mois, la végétation se compose de: Eleocharis sp. mini, Cryptocoryne beckettii, Cryptocoryne parva, ça c'est pour les plantes basses. Pour les plus hautes et de gauche à droite: Rotala wallichii, Ludwigia repens, Rotala boshi, Vallisneria nana, Rotala sp. green (le gros buisson au centre), Limnophila ambulia. En flottantes, il y a de la Salvinia natans et des Spirodella polyrhiza.
    Il n'y a pas de filtration du tout, le bac tourne avec une turbine qui brasse faiblement l'eau, sans la mousse, juste un morceau de bas sur la crépine pour empêcher que des escargots se fassent aspirer. 
    Il n'y a pas de chauffage, l'eau est à 18°. 
    L'éclairage est un vieux tube T5 de 24w, le bac est éclairé 8h par jour en continu. A l'arrière du bac, contre la vitre, il y a deux feuilles de Catappa pour les précieux acides humiques. 

    Impressions, difficultés, retour sur expérience ou chaque bac est différent!
    Ce bac m'inspire le calme et la patience. Curieusement, les plantes poussent plutôt lentement mais sont luxuriantes à la fois, toutes en très bonne santé, même les brins qui sont complètement à l'arrière privés de lumières, ou ceux carrément à l'ombre.

    C'est très curieux et complètement à l'opposé de ce que j'ai connu avec mes bacs  précédents avec terreau, sans doute que le low-tech explique cela. Mais je reste étonné du peu de temps que je passe à jardiner dans ce bac, malgré une végétation dense et luxuriante.

    Ce qui est très intéressant avec ce genre d'installation, c'est qu'une faune riche se développe, des cyclops, des vers filiformes, d'autres courts et gras, d'autres encore noirs et carapacés. Il est amusant d'observer leur comportement lorsqu'ils se croisent...se demandant "c'est comestible ça ou je vais me faire manger'😄 Il y aussi plein de puces d'eau, je ne sais pas comment appeler ça exactement, en tout cas ça bouge dans tous les sens et ça grouille de vie. Evidemment, dès que les poissons sont arrivés, adieu les bestioles!

    Je note aussi que, malgré un brassage très faible de la surface de l'eau, aucun biofilm ne s'est formé, c'est suffisamment rare pour le signaler, en tout cas en ce qui me concerne.

    La difficulté est de trouver le terreau de qualité, mais c'est possible si on ne se précipite pas.
    Il suffit de prendre son temps et de chercher, on peut même le commander sur internet, ce que je ne pensais pas possible. Certains préconisent de faire bouillir son terreau, oui s'il s'agit d'un terreau de mauvaise qualité, ce faisant on élimine les ajouts chimiques. Mais si on a une terre véritable de bruyère, pas la peine de la bouillir, on tuerait toute la flore bactérienne et on éliminerait les oligoéléments, ça serait dommage!

    Problèmes et solutions.
    - L'incovéniant du substrat à base de terreau est que le jardinage est difficile. Il faut y aller délicatement, avec une pincette, tirer doucement sur les racines, racine par racine, pour éviter de tout mélanger. Il n'est pas question de changer de végétation toutes les cinq minutes.
    - Question fermentation: certains ont peur de voir le sol tourner et fermenter, ce qui tuerait les poissons. A mon avis c'est un problème qu'on évite en prenant quelques précautions simples:

    • Il faut un terreau de qualité, si on est pas sûr de sa qualité on peut le laver plusieurs fois pour éliminer les engrais chimiques,
    • Il fait faire attention à l'épaisseur, il vaut mieux en mettre moins que trop,
    • Au début, il faut assurer un brassage puissant du bac pour optimiser l'oxygénation, et favoriser les bactéries aérobies de la colonne d'eau. Ce sont elles qui vont garder le sol sain, pas un filtre sous-sable, ou une couche très/trop fine de sable recouvrant le terreau. J'ai vu des bacs avec terreau de 25 cm d'épaisseur fonctionner pendant des années sans aucun problème, mais avec un brassage intense. Si la turbine ou le petit filtre sont trop faibles, on peut rajouter  temporairement un bulleur, le temps que les bactéries se développent.
    • Il faut utiliser les Melanoides tuberculata qui, grâce à leur va-et-vient incessant dans le sol, contribuent naturellement à l'aérer et à chasser les bulles d'air ou de fermentation. Evidemment, si on met ces escargots, il faut une couche de sable sur le dessus suffisamment épaisse, si non ils risquent de tout mélanger,
    • Il faut utiliser les feuilles mortes, leurs acides humiques tendent à neutraliser l'ammoniac et d'autres composés néfastes, c'est aussi pour cette raison qu'à l'époque on utilisait la tourbe dans la filtration, pour apporter les acides humiques directement dans la colonne d'eau, et pas seulement pour faire baisser le pH,
    • Il faut maintenir un pH neutre à légèrement acide, 6.5 minimum, ça réduit tout problème,
    • Il faut planter des plantes à fortes racines, les racines aèrent le substrat en transportant l'oxygène jusqu'au sol. Ce faisant, l'oxygène permet aux plantes d'absorber les nutriments tout en neutralisant les éléments nocifs. Il faut donc plusieurs pieds d'Echinodorus et plusieurs pieds de Cryptocoryne, de Vallisnéries ou de Sagittaria, une ou deux espèces de gazonnante qui vont produire beaucoup de racines.  Les plantes à pousse rapide ou aquatiques pures viendront en complément. Si on veut mettre deux trois brins de Ludwigia, trois ou quatre de Cabomba, un simple sable suffit.
    r

    En concluison.
    Je trouve que c'est une bonne méthode, qui donne de très bons résultats, bien plus gratifiante que celle qui consiste à acheter un sol "tout-prêt" dont on ne connait pas la composition et qui finit pas profiter aux algues.
    Il est dommage que certains, sous l'emprise d'un marketing agressif de l'industrie aquariophile, ou à cause d'idées reçues, jugent cette méthode vieillote ou trop "délicate".
    D'autres ont peur que le sol fermente, mais il y a des aquariums avec un simple sable qui périclitent aussi, tout problème de fermentatione est résolu avec un bon brassage et une végétation adéquate. D'autres encore pensent que ce n'est pas une méthode pour les novices, mais alors l'aquariophilie elle-même n'est pas pour les novices, car tout le monde a eu des loupés et des échecs au début, c'est sur les erreurs et les échecs que l'expérience se construit, non?

    Il faut bien commencer un jour, essayer, tester et réessayer par soi-même, faire des erreurs fait partie de tout apprentissage. Avec quelques règles de base et quelques précautions simples, on peut simplement espérer de réduire les risques à un minimum. Ceci est valable pour tout type d'aquariophilie, low-tech ou traditionnelle, et pour tout type de substrat, avec ou sans terreau!

    See ya ! 😎

    Dani