mardi 29 janvier 2013

Ma petite Amazonie!

Cela faisait longtemps que je voulais essayer de créer un aquarium amazonien de type eau noire et le plus naturel possible. Fidèle à mes principes, je voulais un bac qui ressemble le plus possible à un plan d'eau presque sauvage, avec beaucoup de cachettes composées uniquement de nombreuses racines. Je le voulais évidemment sombre, ou avec des parties bien sombres, où la lumière ne pénètre que difficilement laissant la possibilité aux poissons de s'y cacher si l'envie les en prenait.

De la population: 
Le bac est peuplé d'un couple de Mikrogeophagus ramirezi, de 6 Hemigrammus erythrozonus, de 10 Corydoras habrosus, de 6 Otocinclus affinis, d'Aselles, d'Ostracodes, de Gammares, de Melanoïdes et de quelques Planorbes corneus.

Décor et plantes:
Au niveau des plantes, de la Limnobium laevigatum, une poignée de spirodella, des misères qui trampouillent leurs racines dans l'eau, et depuis peu, du cresson qui flotte à la surface ainsi qu'un brin de Cératophyllum. Avoir du cresson dans son bac a un côté très pratique, on peut prélever ses feuilles pleines de fer pour agrémenter ses salades, c'est un bon moyen pour joindre l'utile à l'agréable! Il y a aussi de la mousse de Java qui se développe sur un morceau de bois flotté, mousse introduite involontairement, mais qui s'accroche et forme désormais un beau tapis à l'aspect très naturel. 

Le décor est composé uniquement de bois flotté, de plein de feuilles mortes de chênes, de noisetier et de catappa. Sous le sable de loire il y a une bonne couche de tourbe de sphaigne.

De la filtration:
Évidemment il n'y a pas de filtration, j'ai simplement un petit exhausteur alimenté par une pompe à air. Il me sert uniquement à briser le film gras à la surface. Celui-ci se forme à cause des plantes flottantes qui empêchent la circulation de l'eau. Tous les dix jours je rince la mousse, c'est là le seul entretien.

De la température :
L'eau est à température ambiante, aux alentours de 21/22°, en dessous de cette température minimale je risque de perdre les Melanoïdes et mes Planorbes. Contrairement à ce que j'ai pu lire sur les différents forums, certains planorbes meurent sous les 20°.

Pour les paramètres de l'eau:
J'ai voulu modifier les paramètres pour offrir aux poissons leurs conditions d'origine. J'ai ainsi, sur plusieurs semaines, baissé le ph de 8° à 6,4°, ainsi que la dureté de l'eau. J'ai commencé par mettre de l'eau en bouteille comme la Volcania, eau très peu minéralisée d'un ph de 6,4° et depuis cet automne, je rajoute uniquement de l'eau de pluie, de l'eau de là-haut! Jusque-là rien de mieux, en plus c'est gratuit!

Je ne fais pas de changements d'eau réguliers, je compense l'évaporation avec un ou deux seaux d'eau de pluie de temps en temps.  Je suis un collectionneur de récupérateurs d'eau en tout genre éparpillés un peu partout dans le jardin. Je verse cette eau froide dans le bac au moyen d'un tuyau à air, les poissons ne semblent pas être dérangés par la différence de température. 

Cet aquarium low-tech tourne ainsi depuis mai 2012 et tout semble aller très bien. Quant aux paramètres, la dernière fois que je les ai mesurés, il y a deux ou trois mois, j'avais 0 de nitrates. Comme quoi, pas besoin d'avoir un bac très planté sans filtration pour avoir une eau saine, des plantes flottantes suffisent à absorber l’ammonium avant que celui ne se transforme en nitrates néfastes!

De l'eau noire: 
Rien n'est plus simple que de faire de l'eau noire, pas besoin de faire une expédition en Amazonie avec un tas de jerricanes pour seul bagage.
Il suffit de faire macérer une bonne poignée de feuilles de catappa dans un récipient de 2 à 3 litres. Au bout de quelques jours on obtient une eau non pas ambrée, non pas couleur de thé, mais noire comme du charbon! On a le même résultat avec une bonne poignée de fruits d'aulnes, si l'on en a à proximité c'est mieux car ça revient bien moins cher.

Un seul bémol, il faut éviter de balancer cette mixture dans le bac directement, les poissons n'apprécieraient pas, mais alors pas du tout! Croyez-moi sur parole, j'en ai fait l'expérience!

Il faut mélanger cette eau noire obtenue à celle du bac que très progressivement , par petite quantité et ce sur plusieurs jours. Auparavant on peut aussi l'aérer au moyen d'un diffuseur histoire de virer le trop de CO2.

De la nourriture:
Je nourris les poissons avec de la nourriture vivante, Daphnies et larves de moustiques en abondance, des Artémias congelées lors des périodes maigres, et des pastilles pour les poissons de fond. Je dois dire qu'il n'est pas facile de nourrir le couple de Ramirezi tellement les Néons roses sont avides et prédateurs, ils se jettent même sur les pastilles de fond lorsqu'ils les voient. Autant dire qu'il me faut ruser tous les jours pour ne pas laisser dépérir les Ramirezi.



Pour finir: 
On peut très bien maintenir cette population dans une eau de conduite puisque ces poissons sont issus d'élevage, mais il me semblait plus intéressant de tenter de recréer un semblant de biotope. Dans une eau sombre, la couleur des poissons ressort infiniment mieux, le mâle Ramirezi arbore une couleur orangée sur tout le corps presque en relief sans parler de ses taches d'un bleu métallique. Tous les poissons sont généralement plus beaux, moins stressés et l'ensemble donne un cachet particulier au bac. Sous un éclairage fort, dans une eau blanche limpide et sans plantes flottantes, ces poissons magnifiques apparaissent comme délavés.

On est là bien loin du malheureux poisson rouge tournant en rond dans un récipient trop petit et aseptisé, vive les biotopes donc!

samedi 19 janvier 2013

Une petite crevette bien de chez nous!

Il s'agit des Gammarus pulex, petits crustacés ne dépassant pas les 20 mm, qui sont présents dans les cours d'eau européens. Ce sont des détritivores qui se nourrissent de débris organiques végétaux et animaux, mais ne rechignent pas à engloutir des Daphnies, et peuvent se montrer cannibales si la nourriture vient à manquer. Ils évoluent dans une eau fraîche et bien oxygénée, mais s'accommodent d'une eau non brassée si elle n'est pas polluée. Ils se déplacent sur le flanc et peuvent se montrer extrêmement rapides, mais vivent cachés sous les pierres et s'enfouissent dans le sable la plupart du temps. Ils vivent en groupe et ne dépassent pas deux ans de vie.


Ils peuvent être introduits dans nos bacs d'ensemble s'ils ne sont pas chauffés. J'en ai mis dans mon bac amazonien mais ne les vois que très rarement. Je les aperçois lorsque j'enlève le surplus de plantes flottantes sur les racines desquelles ils aiment s'accrocher. La plupart du temps ils se cachent sous le bois flotté pour fuir les poissons de fond. Même si je ne les vois que très rarement, je sais qu'ils sont là, quelque part, ils ajoutent de la vie à mon bac et une once de mystère, comme dans les ruisseaux qu'il faut observer longtemps pour arriver à deviner une petite partie de la vie qui s'y développe. Je souhaite mon bac pareil à un ruisseau, pas très clean, avec une vie bien présente que seul un regard bienveillant pourrait deviner. 

Mais il est possible aussi d'en faire un élevage dans un petit bac spécifique. Ils peuvent servir de nourriture vivante pour tous nos poissons carnivores et omnivores, surtout les jeunes gammares grâce à leur carapace tendre et à leur petite taille. Les Discus, certains Cichlidés, les Scalaires, les Killies et les Apistogramma en raffolent.

J'en maintiens dans ce petit bac, non filtré, non brassé, ils semblent bien se porter. En deux mois j'ai fait un seul changement d'eau partiel car l'eau était devenue subitement trouble.

Le bac est rempli d'eau de pluie, une couche de sable de granulométrie moyenne recouvre le sol, des feuilles mortes de noisetier, quelques galets et des fines branches de chênes composent le décor. J'ai aussi ajouté des brins d’Élodée et de Cératophyllum, de l'Azolla en plantes flottantes, ces plantes se développent encore malgré les basses températures, l'eau est à 6°.
Je pense que le principe des bacs naturels très plantés en guise de filtre vaut tout aussi bien pour ce genre de bac à gammares. Durant l'hiver, lorsque les plantes sont plus ou moins en repos, il vaut mieux faire des changements d'eau de temps en temps, si on pense que cela est nécessaire. Je les nourris avec parcimonie avec de petits morceaux de légumes crus, carottes, courgettes, navets, mais ils adorent grignoter les feuilles mortes, comme sur la photo ci-dessus. J'ai entendu dire que les gammares s'attaquaient aux plantes, en ce qui me concerne je démens cette information, les miennes sont restées intactes.

Si vous êtes anxieux, rien ne vous empêche d'installer un filtre sous sable ou un filtre à air intérieur pour assurer l'aération et le filtrage, ça peut être un avantage pour la bonne maintenance des gammares. Faut faire comme on le sent.

Les Gammares sont sur la liste rouge des espèces en voie de disparition à cause de l'agriculture industrielle qui, pour répondre soi-disant aux besoins croissants de la population, utilise toute sorte d'engrais et de pesticides, contribuant ainsi à la pollution de l'environnement en général, et des cours d'eau en particulier. C'est pourtant dans la consommation qu'est le salut nous dit-on?!

Il existe des dizaines d'espèces de Gammares, d'eau douce, saumâtre et salée, et même les scientifiques sont en désaccord sur leur classification et leur nombre définitif. En revanche, ils sont unanimes sur la capacité des Gammares à être de bons indicateurs de la qualité de l'eau dans laquelle ils évoluent. Ce sont des bio-indicateurs fiables à 100% , les scientifiques les étudient et les utilisent pour évaluer le degré de pollution des cours d'eau et des agents contaminants.

On peut trouver dans les rivières des Gammares ayant une forte coloration orangée. Cette couleur spécifique est le résultat d'un parasite ingéré par les crustacés qui influe sur leur comportement. Les Gammares deviennent hyper-actifs, n'hésitant plus à sortir de leurs cachettes ils se rendent visibles et vulnérables aux différents prédateurs. Le but du parasite étant de poursuivre son évolution et de se multiplier, il cherche à ce que son hôte se fasse, à son tour, ingérer par un prédateur. Ça frise le film d'horreur, mais ce subterfuge est extrêmement efficace puisque les truites sont naturellement attirées par la vive coloration et la frénésie manifeste des gammares et les gobent bien volontiers.  Que les amoureux des truites se rassurent, et bien que ces parasites profitent de la truite pour se multiplier, il n'y a aucun risque pour l'homme. En tout cas rien ne prouve le contraire, puisque les études dans ce domaine sont pratiquement inexistantes!

En tant qu'aquariophiles, il vaut mieux éviter de prélever ces crustacés colorés ou pas dans la nature, car même si les truites sont apparemment immunisées, on ne sait quelle pourrait être la conséquence de ce parasite sur nos poissons d'ornement.

C'est vrai que ces crustacés sont moins beaux que nos crevettes exotiques, mais ils contribuent à l'équilibre biologique d'un aquarium en éliminant et en transformant les déchets organiques, et contrairement aux autres et pour une fois, ils sont bien de chez nous!

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