mardi 27 novembre 2012

Le Néon du pauvre!

Tanichthys Albonubes/Linni, que des qualités, aucun défaut!
Tanichthys Linni
Découvert en 1932 par M. Tan Kam Fei à Baiyunshan en Chine, ce poisson est aujourd'hui protégé. En effet, il a pratiquement disparu de  cette région, et non pas à cause de l'industrie aquariophile, mais bien à cause des activités humaines, ici c'est le tourisme intensif le coupable. Le gouvernement chinois a entrepris des actions en vue de la réintroduction de ce poisson dans son biotope d'origine. Les spécimens vendus dans le commerce proviennent d'élevages artificiels. (Ci-contre, une photo de Hristo Hristov du Tanichtys Linni, ses couleurs sont magnifiques.)

En plus de la beauté de ses couleurs subtiles, il a un caractère paisible et joueur. Il est robuste, prolifique, et sa petite taille vient comme la cerise sur le gâteau, c'est l'un des poisson le plus facile à maintenir. Il remplace le poisson rouge, car à la différence de ce dernier le Tanichthys sera heureux dans un petit bac, petit mais pas minuscule, mais sûrement pas dans une boule en verre! Un aquarium à partir de 60 litres est suffisant pour 6/7 individus. Je trouve que ce n'est pas un bon nageur, il ne se déplace pas beaucoup malgré sa vivacité.
Tanichthys Albonubes
Il est idéale pour ceux qui débutent en aquariophilie, pour ceux qui souhaitent créer un paysage aquatique avec peu de moyens, ou qui ne peuvent s'offrir un aquarium de grande taille. Il est possible de composer une tranche de nature aquatique à l'aspect naturel même dans un contenant modeste; le prix de ce poisson varie entre 1 et 2€, et pas la peine d'en acheter beaucoup car il est très prolifique, 5 à 6 spécimens suffisent. Le seul problème est que s'il est maintenu seul il va se reproduire souvent, faudra donnc placer les petits.

Description.
Tanichthys Gold
Il mesure de 4 à 5 cm au stade adulte, sa coloration est subtile et varie suivant l'exposition, je vous passe la description et vous laisse l'admirer par vous-mêmes sur les photos ci-dessous. Les alevins, contrairement aux parents, ont une bande longitudinale bleu fluo qui disparaît à l'âge adulte. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle on l'a affublé de ce drôle de surnom: 'le Néon du pauvre', ce qui n'est absolument pas justifié et carrément insultant, nom de nom! A cause de cette couleur fluo les alevins sont vulnérables car extrêmement visibles, surtout s'ils sont à l'extérieur dans un bassin. Je remarque que les miens ont une nageoire caudale entièrement rouge et d'un rouge soutenu, ainsi qu'une bande d'un vert fluo qui brille au soleil. Les femelles se distinguent des mâles par leur taille plus imposante et leur ventre rebondie.
Dans les boutiques aquariophiles il passe inaperçu tant il est peu mis en valeur, surtout à cause d'un éclairage inapproprié. Plusieurs espèces sont couramment proposées dans les boutiques aquario, le Tanichthys albonubes, le Tanichthys Linni et le Tanichthys gold presque albinos.

Mais seul le Tanichthys Albonubes peut vivre en extérieur durant toute l'année, certains les maintiennent dans le nord sous une couche de glace!

A éviter!

Il existe une espèce issue d'une sélection stricte et artificielle qui possède des nageoires plus développées. Ces poissons sont handicapés à cause de leurs nageoires démesurées qui les empêchent de se déplacer normalement et sont plus fragiles que les espèces ci-dessus.

Habitat.

Dans son élément d'origine il vit dans les ruisseaux ombragés, peu profonds et à faible courant. Le substrat est composé de sable et de cailloux, le lit du ruisseau est jonché de feuilles mortes, la végétation aquatique est variable, dense à faible. C'est un poisson subtropical, l'eau s'écoulant des montagnes environnantes est fraîche, il déteste les températures élevées qui raccourcissent sa durée de vie. Il vit dans une eau douce d'un PH de 6,4 mais celui vendu dans le commerce est peu exigeant quant à la qualité de l'eau, l'eau de conduite lui conviendra très bien une fois débarrassée du chlore.

Il se nourrit de petits crustacés, de vers, d'insectes et de larves de moustiques.

Reproduction.

Sa reproduction est des plus facile et se fait sans aucune intervention humaine, les adultes ne mangent pas leur progéniture, ni les œufs ni les alevins. S'il est maintenu dans un bac d'ensemble avec des poissons plus gros, ses œufs et ses alevins risquent bien de disparaître et dans ce cas il faudra isoler les couples. La femelle pond ses œufs sur les plantes et dans la mousse de Java, un aquarium sans plantes n'est donc pas une bonne idée. La facilité avec laquelle il se reproduit est la deuxième raison de ce qualificatif dégradant: "néon du pauvre"...

Les alevins nourris avec de la nourriture vivante, paramécies puis nauplies d'artémias, grossissent beaucoup plus vite, mais ils acceptent des paillettes très fines.


Tani en aquarium
Personnellement, j'ai maintenu ces poissons dans un aquarium de grande taille, 200l non filtré et non chauffé, à température ambiante, 20° durant l'hiver.
Au printemps, il  y a eu plein des naissances.  Les alevins sortaient de la mousse de Java peu à peu  ceci sur une période de 15 jours. Ils avaient pour compagnons des crevettes Red Cherry et des Aselles.



Tani en bassin
Mais depuis mars de cette année, ils sont en bassin extérieur où ils vont rester à l'année. Ils supportent très bien des t° fraîches durant l'hiver, et l'été la t° ne doit pas dépasser les 24°. Le bassin n'a pas de système de filtration, seules les plantes font office de filtre. Dans le bassin ils cohabitent avec des Aselles, des Crevettes et une nuée de larves de libellules. Depuis un an et demi, avec une quinzaine d'individus au départ, j'ai aujourd'hui plus de 70 de ces petits poissons, c'est dire combien ils sont prolifiques et adaptables. Pas de malades, ni de morts.

Ils ne sont vraiment pas farouches et viennent manger dans la main, si bien qu'il est facile des les attraper à main nue.
Il leur arrive quelquefois d'avoir une nage étrange, ils plongent tête en bas, le corps incliné, comme s’ils voulaient atteindre le fond sans y parvenir, et cela de manière répétitive. Cela se produit aussi bien en bassin qu'en aquarium, la température n'a donc rien à voir. J'ai jamais réussi à comprendre le pourquoi du comment.




Matériel et aménagement de l'aquarium.
  • Il devrait être maintenu dans un bac standard rectangulaire de 60 litres minimum. Les autres modèles de bacs plus petits et plus hauts que larges ne lui conviennent pas.
  • Pour créer un léger courant bénéfique une petite turbine suffit, la moins puissante possible et avec une mousse placée sur le tube d'aspiration.
  • Aucun chauffage n'est nécessaire, ce poisson ne convient pas à des aquariums chauffés, contrairement à ce que l'on peut entendre ici et là.
  • Pour le décor, prévoir un sable sombre à l'aspect naturel, quelques gros cailloux ronds et lisses et des petits cailloux de différentes grosseurs, un morceau de bois flotté, des feuilles mortes, le tout disposé de manière à ce que l'aspect général ressemble à morceau de ruisseau.
  • Pour les plantes, on peut mettre des Vallisnéries, de la Cératophyllum demersum, de l'Elodée densa ou canadensis, en avant plan de la Sagittaria subulata, de la mousse de Java, en flottantes de la Salvinia natans, des lentilles d'eau, mais prévoir aussi une plage sans plantes du tout. Ses couleurs ressortent mieux sous une lumière tamisée, sous une lumière artificielle trop puissante il prend un aspect blafard et devient moins beau, c'est pourquoi des plantes flottantes sont indispensables.
  • Le nourrir avec des proies vivantes est évidemment préférable pour ses couleurs, sa vivacité et sa robustesse. Mais on peut alterner avec des paillettes, de la nourriture congelée et de la nourriture vivante de temps en temps. Si cela est possible on peut lui donner des larves de moustiques.
  • On peut le faire cohabiter avec des crevettes Red Cherry, des Aselles, des Ostracodes, des Puntius Titteya, Puntius Padmaya, Puntius sachsii, des Brachydanio et des Corydoras, mais dans ce cas l'aquarium devra être plus grand.
  • Dans un 60 litres, il devrait rester seul, avec des crevettes ou des Aselles et des Ostracodes pour seuls compagnons. S'il est placé dans un bac plus grand et d'ensemble il risque de ne pas vouloir se reproduire.
 
Conclusion.

Tant pis pour les snobs de l'aquariophilie qui ne savent plus apprécier la vie aquatique dans sa simplicité apparente, et cherchent sans cesse à se mesurer à la nature en adoptant des espèces dites plus exigeantes, si toutefois il existe aujourd'hui des espèces réservées aux chevronnés.

C'est vraiment un poisson attrayant, facile, intéressant, et peu pollueur. Mais facile ne veut pas dire non plus que l'on peut en faire ce que l'on veut, c'est un poisson grégaire et il faut le maintenir en banc et dans de bonnes conditions. Adoptez-le, vous ne serez pas déçus et vos enfants en seront ravis.

jeudi 1 novembre 2012

Les Ostracodes!

De l'aquariophilie au Cambrien!

Les Ostracodes sont des petites crustacés, entre 0,1 et 3mm, qui comptent environ 8000 espèces, et qui ont fait leur apparition sur terre durant le cambrien entre 500 et 543 millions d'années.

Ils se trouvent sur tous les continents, aussi bien dans les rivières et lacs d'eau douce, que dans les fonds des océans.

Ils ont un organisme mal différencié et rudimentaire. Leur corps mou est entouré d'une carapace calcaire protectrice, dure chez les espèces marines, douce et fine chez les espèces d'eau douce, ressemblant à un minuscule haricot de couleurs variées selon les espèces. Ils peuvent avoir un ou deux yeux, voire pas du tout. Tout comme les moules, leur carapace possède deux valves d'où le nom commun de "crevette moule". Ils muent régulièrement tout au long de leur vie qui dure quelques mois et laissent derrière eux des carapaces vides qui sont souvent confondues avec des individus morts. Il leur suffit d'une journée pour se constituer une nouvelle carapace.

Leurs sexes, doubles, sont en revanche très bien différenciés, et bien que la reproduction pour certaines espèces puisse être parthénogénétique il existe des Ostracodes mâles et des Ostracodes femelles. Après l'accouplement les œufs sont déposés sur le substrat ou flottent en suspension dans l'eau comme le plancton. Les oiseaux contribuent à leur dissémination par ingestion de leurs œufs qui sont résistants aux sucs gastriques.

Ils se déplacent principalement en rampant pour s'enfouir dans les sédiments, mais d'autres arrivent à se déplacer en nageant grâce à 7 paires d'appendices qui leur servent de propulseurs.


En étudiant leur emplacement et l'état de leur carapace fossilisée, les paléontologues sont en mesure de déterminer la profondeur de l'eau, de la salinité, de la sédimentation, de la température et d'autres facteurs écologiques. Leurs fossiles sont utilisés par l'industrie pétrolière pour détecter des réserves pétrolières potentielles. Parfois, les fossiles d' Ostracodes sont si importants qu'ils forment des roches appelées
lumachelle: roche sédimentaire fossilisée contenant un grand nombre d'organismes fossiles dont les carapaces d'Ostracodes.

Quel est leur intérêt pour les aquariophiles?

  • Premièrement, ces crustacés sont détritivores et filtreurs, ils se nourrissent des matières organiques en décomposition, des algues, des particules en suspension, de plantes microscopiques ou de phytoplancton. Ils sont donc utiles dans les aquariums pour leur capacité à éliminer les déchets grossiers d'une manière naturelle, avec les Aselles ils permettent de maintenir l'eau d'un aquarium non-filtré propre et saine.
  • Deuxièmement, ils constituent une source de nourriture naturelle, des proies vivantes qui permettent de maintenir en éveil l'instinct de chasseur chez nos poissons.
  • Enfin, en introduisant des Aselles et des Ostracodes dans un aquarium on peut s'amuser à recréer un semblant de chaîne alimentaire et un biotope vivant, un morceau de ruisseau dans un espace relativement restreint qui devient ainsi plus captivant.

Ils ne représentent aucun danger pour les poissons, et contrairement à ce que l'on pourrait penser ils sont très intéressants à observer.

Ils sont des bio-indicateurs.

Leur prolifération dans un bac indique une accumulation trop importante de déchets, et si l'on souhaite réduire leur nombre, il suffit d'éliminer systématiquement les débris sur le substrat, et de nettoyer régulièrement les vitres pour voir leur population diminuer. Mais dans un aquarium équilibré leur population est régulée par la seule présence des prédateurs que sont les poissons.

Culture d' Ostracodes.

Si l'on répugne à les introduire directement dans un aquarium d'ensemble, on peut en faire la culture dans un récipient quelconque placé à l'abri du soleil direct. Dans le contenant on peut mettre des feuilles mortes réduites, noisetier, chênes, catappa ou aulnes qui feront office de substrat. Il est dit qu'ils n'aiment pas une température supérieure à 23° et inférieure à 15°; personnellement j'ai maintenu les miens à l'extérieur aux alentours de 2° et ils se portaient très bien, en revanche je pense qu'effectivement une température élevée ne leur convient pas toujours.

J'ai remarqué qu'ils aimaient l'eau verte bourrée de phytoplancton, et c'est dans cette eau qu'ils se reproduisaient le plus et qu'ils étaient le plus actifs. Cet été, lorsque je les ai mélangés avec les Daphnies, ils ont pratiquement disparus, mais pas leur œufs, ainsi ils réapparaitront dès que les Daphnies disparaitront à leur tour à cause de l'hiver et que les conditions climatiques leur seront plus favorables. Une disparition des Ostracodes ne veut pas dire que la souche est entièrement décimée, elle est toujours présente mais sous forme d'œufs qui attendent simplement des conditions plus favorables pour éclore et redémarrer une nouvelle génération.

On peut les nourrir avec un peu de paillettes de spiruline écrasées finement, des morceaux de plantes aquatiques abîmées ou des restes de légumes cuits distribués en petits morceaux.

Les Corydoras et les Betta Splendens en raffolent comme tous les poissons ayant une bouche assez grande pour pouvoir les ingérer.


Pour terminer, ils sont les premiers organismes apparus sur notre planète juste après la première cellule à noyau, et sont toujours présents aujourd'hui, c'est dire combien ils sont résistants, de quelle faculté d'adaptation ils ont fait preuve et combien ils méritent notre respect.
En ce qui me concerne il m'est inconcevable de m'en passer. J'espère avoir réussi à vous transmettre mon enthousiasme et l'envie de les adopter à votre tour.

Il est possible, aujourd'hui, de s'en procurer facilement pour quelques euros chez Aqualiment.

Je n'aurais jamais pu me douter qu'un simple poisson rouge me conduirait un jour lointain jusqu'au cambrien, c'est là un des avantages de l'aquariophilie...

Pour aller plus loin :
Pour les scientifiques: http://www.mta.gov.tr/v2.0/eng/dergi_pdf/62/12.pdf